Vie estudiantine à Zogona : la chasse à la chambre, un calvaire avant la rentrée

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Les cours n’ont pas encore repris à l’université Joseph Ki-Zerbo. Mais à Zogona, la guerre du logement a déjà commencé. Entre loyers inaccessibles, démarcheurs et chantage, trouver une chambre à moins de 30 000 F CFA relève du miracle pour les nouveaux étudiants. Nous avons partagé le quotidien de trois étudiants.

Il est 10 heures à Zogona. Le soleil est déjà accablant. Une vingtaine de jeunes, valises à leurs pieds, font face à un propriétaire qui, à l’ombre, griffonne des noms sur un cahier. « 40 000 FCFA. Six mois d’avance. Pas de négociation », tranche-t-il sans même lever les yeux. Kader Coulibaly, 19 ans, nouveau bachelier venu de Banfora, serre ses 70 000 FCFA au fond de sa poche. C’est tout ce que sa mère a pu réunir. « Monsieur, s’il vous plaît… Je peux donner deux mois d’avance ? ». Réponse sèche : « Au suivant ! ».

Kader bat en retraite. Adossé à un mur en banco, il retient ses larmes.« J’ai fait des heures de bus pour ça », souffle-t-il d’une voix cassée. « Ma maman a vendu deux sacs de maïs pour me payer le voyage. Elle m’a dit : «Va te battre pour ton avenir». Et là, on me lance «au suivant»… ». Il s’arrête, la gorge nouée, et avale péniblement sa salive. Le campus est juste là-bas. Inaccessible.

À quelques rues de là, les démarcheurs traquent la vulnérabilité des étudiants. Amadou Diallo, 22 ans, étudiant en deuxième année de Droit, originaire de Dori, en a fait les frais. Durant les vacances, il a fait la menuiserie pour payer sa chambre. Il logait chez un cousin. « Un démarcheur m’a demandé 5 000 FCFA juste pour la visite », raconte-t-il, les yeux fixés sur le vide. « Il m’a montré une cour commune sans eau ni électricité. Quand j’ai refusé, il est parti avec mon argent». Amadou serre les poings. «C’est de l’extorsion pure et simple, mais on n’a aucun recours. »

La détresse est encore plus vive pour les jeunes filles. Fatou, 20 ans, future étudiante en Lettres Modernes, a quitté Bobo-Dioulasso pour la capitale. Elle est confrontée au chantage de certaines personnes. « Un démarcheur m’a proposé une chambre gratuite contre des services », confie-t-elle à mi-mot, le regard fuyant. « On est vulnérable. Seule, sans parents ici, on devient des proies». À Zogona, les prix des loyers grimpent et ces étudiants espèrent intégrer certaines cités universitaires.

Aïssata Sidibé

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