Sport en salle : « un gros ventre ne permet pas de mettre en valeur les fessiers », (coach sportif)

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Depuis ces dernières années, plusieurs salles de sport ont vu le jour dans la ville de Ouagadougou. Les Ouagalais développent de plus en plus un intérêt à pratiquer le sport, autant dans les salles de gym avec l’appui d’un coach, que seul à l’extérieur et en fonction de l’objectif recherché. Une équipe de filinfos.net a fait une immersion dans quelques salles de sports de la ville de la capitale burkinabè.  

Il est 21h11 au quartier Larlé. Fadila Derra, âgée d’une trentaine d’années, vient de terminer sa séance quotidienne de gymnastique. Un pas franchi de plus vers son objectif qui est de perdre du poids et de maintenir sa ligne. Pour elle, « la gymnastique est une bonne pratique parce qu’elle aide à lutter contre les maladies cardiovasculaires et permet de se maintenir en forme ». Pour espérer se débarrasser de ses kilos de trop, elle a décidé de se faire accompagner par un coach. « Je me suis inscrite en salle de gym parce que je trouve aussi que je suis en surpoids et je veux perdre du poids. Cela n’a rien avoir avec le fait de grossir ou arrondir les fesses. Je veux juste perdre quelques kilos », s’est-elle confiée à nous, la main droite sur sa moto. Après deux mois de pratique sportive, Fadila Dera a avoué avoir déjà constaté les effets, et se dit satisfaite du résultat.

Fadila Derra

Après avoir fini sa séance sport du jour, Seydou Ouattara, animateur sportif à la mairie de l’arrondissement N°2 de Ouagadougou rejoint son domicile situé à quelques encablures de la salle de gym. Son objectif, réduire le ventre et avoir des abdos. Selon lui, la gym club lui permet de bruler la graisse du ventre tout en recherchant les abdos. Habitué des salles de gymnastique depuis une année, il a un intérêt particulier pour les séances avec les abdos, qu’il pratique trois fois par semaine.  Les autres jours, il fait des séances d’aérobie avec son équipe à la maire. A l’en croire le sport regorge de nombreuses vertus dont la santé et le maintien de l’harmonie avec le corps. « J’avais un taux de glycémie de 22 et le médecin m’a dit que c’est parce que je suis sportif que j’ai pu me rendre à l’hôpital. Depuis que je fais le sport, j’ai constaté les résultats, actuellement je suis dans les normes à 5,5. Je suis satisfait », s’est-il rejoui.

Seydou Ouattara, animateur sportif à la mairie de l’arrondissement N°2

« Les Burkinabè n’ont pas la culture du sport », Alif Sawadogo, coach sportif

Il est l’heure du sport pour les abonnés de la salle de gymnastique située à Bilbalgho. Comme tous les soirs, les abonnés sont au rendez-vous. Une salle équipée de matériels sportifs et repartie en plusieurs zones dont la zone d’aérobie, la zone des squats et la zone de la musculation. Dans chaque zone, des miroirs sont installés. Deux vestiaires sont mis à la disposition des abonnés de la salle. Dans la zone d’aérobie, nous retrouvons Diane Zaïda qui terminait sa séance accompagnée par son coach Sawadogo Alif William.

Le coach Alif William Sawadogo

Dans nos échanges avec le coach musclé, celui-ci nous confie que les Burkinabè n’ont pas la culture du sport, ce qui explique que le taux de victimes d’AVC soit élevé. Pour lui, « le sport c’est la base de toute chose, mais malheureusement les gens viennent au départ parce qu’ils croient au résultat immédiat, quand il constate au bout d’un mois ou deux mois, ils abandonnent ». « Il faut être patient dans le sport », ajoute-t-il.

Diane Zaïda est fanatique de sport et boxeuse thaï. Elle avait abandonné la pratique à cause de la paresse, choix qu’elle a tout de suite regretté. « J’ai commencé à avoir du mal à me mouvoir, à me lever le matin, mon corps était lourd et la digestion n’était pas possible. J’ai essayé de reprendre pour que mon corps retrouve un rythme normal et pour perdre du poids aussi. Quand on perd du poids on est plus svelte, on a plus de facilité, moins de maladie et maintenant le sommeil est beaucoup plus facile », confie-t-elle.

Diane Zaïda, boxeuse thaï

En ce qui concerne le choix du sport en salle, Diane Zaïda a expliqué que c’était plus motivant pour elle de pratiquer le sport en équipe. « Avant je m’exerçais toute seule mais la motivation n’est pas la même quand tu n’as  personne à côté pour te galvaniser. Et le moindre contre temps te détourne de ton objectif d’aller marcher. Mais quand c’est en salle vous devenez comme une famille et vous vous donnez rendez-vous à une heure pour aller s’entrainer et il y’a la motivation. Ça booste quand on est en équipe. Mais il y’en a qui sont assez motiver pour le faire seul. On aimerait arriver à ce niveau », dit-elle.

L’auto coaching n’est pas sans dangers, selon coach Sawadogo

Il n’est pas rare de voir des gens pratiquer la musculation en groupe dans leur quartier et sans l’accompagnement d’un spécialiste du sport. Cependant cette pratique n’est pas sans dangers. Selon le coach Sawadogo, l’auto coaching peut être dangereuse pour les novices du sport. « Quand on est novice, il y a des risques d’avoir des problèmes lombaires ou même des problèmes de biceps, il faut aller doucement et chercher un coach qui va vous guider, il faut d’abord apprendre avant de s’entrainer seul » a notifié le coach.

Plus loin dans la zone musculation, Idrissa Dermé, grand de taille, teint noir et costaud se tient debout un haltère de 25 kilos dans chaque main. Derrière lui, plusieurs autres sportifs répètent ses mouvements. Pour lui, « le sport est une vie à part, une passion qu’il ne saurait expliquer, il faut le vivre pour le comprendre ». Coach depuis deux ans, il dit avoir constaté de l’engouement comparé aux années antérieures parce que les gens ont compris que le sport est un style de vie.

Le sport comme un moyen de perte poids

Le coach Idrissa Dermé

A en croire Idrissa Dermé, les gens ont des requêtes spécifiques quand ils viennent en salle. Pour la plupart des femmes, l’objectif visé est la perte de poids, soit parce que leurs maris trouvent qu’elles prennent du poids, ou soit parce qu’elles ont pris du poids après leur accouchement. Il y a également le maintien de la santé car certaines ont des problèmes respiratoires. D’autres par contre sont passionnées de sport. Pour les hommes, c’est beaucoup plus la musculation, pour ressembler à leurs amis musclés et aussi pour réduire le ventre. « En fonction des résultats escomptés je leur propose des exercices spécifiques. Par exemple pour ceux qui veulent mettre en exergue leurs fessiers je les conseille de perdre d’abord du poids car un gros ventre ne permet pas de mettre en valeur les fessiers avant de leur proposer des exercices comme les squats, les fentes, les pro-squats », explique le coach Idrissa Dermé.

« Il arrive que des gens viennent en couple mais c’est très rare parce que certains hommes pensent que leurs femmes viennent en salle pour chercher des mecs. Pourtant en tant que coach, je n’ai pas le temps pour ces futilités car j’ai des objectifs bien déterminés », telle a été la réponse du coach à la question de savoir si les couples étaient fréquents dans la salle de gym.

L’échangeur du Nord : un lieu prisé pour le sport

Depuis la fermeture de la voie menant à Donsin en passant par l’échangeur du Nord, dans le quartier Tampouy, plusieurs Ouagalais se donnent rendez-vous tous les soirs au pieds dudit échangeur pour pratiquer leurs activités physiques. Ces derniers y voient un cadre idéal pour faire du sport tout en profitant de l’air naturel, mais aussi pour passer des moments en famille ou entre amis.

Halidou Maïga et ses deux filles Charifa et Korotimi

C’est le cas de Halidou Maïga, 51 ans, accompagné de ses deux filles Charifa et Korotimi, venus faire du footing mais aussi pour passer du temps ensemble. Après quelques allers et retours, la petite famille s’offre une petite pause pour prendre des oranges afin de se ressourcer avant de poursuivre son activité. « Je suis venu avec mes filles pour passer du temps avec elles. Madame m’accompagne parfois, mais elle n’a pas pu se joindre à nous aujourd’hui », dit-il. Il préfère s’entraîner à l’extérieur qu’en salle car il y’a de l’ambiance et l’air est frais compte tenu de la proximité du barrage. Il est aussi son propre coach. Il dit avoir commencé en 2019 et depuis lors, il s’y sent très bien. Pour lui, le sport est une bonne activité. « Je pense que le sport est une bonne chose, sans lui, on serait confronté à beaucoup de difficultés », remarque-t-il.

Ses filles partagent aussi son point de vue. Pour elle, venir au pied de l’échangeur signifie aussi passer temps avec papa.

A quelques mètres de la famille Maïga, Stéphane Yaméogo et son ami Malick Diallo, tous les deux en classe de terminale, terminaient leur troisième tour. La sueur au front, les deux amis ont confié être des novices des lieux. Stéphane Yaméogo dit avoir choisi ce lieu pour courir parce qu’il le trouve paisible. « Il y a également l’air frais et la pente de l’échangeur », ajoute-t-il. Son objectif, faire renaitre son endurance et se dynamiser avant la reprise des cours en octobre prochain. Malick Diallo effectue pour sa première fois une séance au pied de l’échangeur. Il explique qu’il est venu pour renforcer ses capacités physiques afin de maintenir sa forme et assurer à l’épreuve sportive de l’examen du baccalauréat, mais aussi pour passer du temps avec son ami. Pour lui, le sport est essentiel.

Le sport est beaucoup prisé par les Burkinabè. Autrefois négligé, il est désormais pratiqué par plus d’un et chacun avec son objectif.

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