Patrimoine et science : À Méguet, la métallurgie traditionnelle renaît de ses cendres
Dans la province du Ganzourgou, une démonstration spectaculaire de réduction du minerai de fer a captivé les foules à Méguet. Entre rituels ancestraux et expertise technique, le Sānāba Bounda d’Arbolé a prouvé que la forge est bien plus qu’un métier : c’est une science héritée qui forge l’identité et la cohésion nationale.

Le rituel a débuté par les civilités d’usage rendues au Naba Saga de Méguet, avant que l’ordre du jour ne laisse place à une précision gestuelle millénaire. Sous le regard curieux d’une population fortement mobilisée, les sacrifices ont été accomplis et le fourneau installé. Très vite, le crépitement du feu et le souffle rythmé des soufflets ont redonné vie à un savoir-faire que beaucoup pensaient oublié : la réduction du minerai de fer.
Une science, pas un folklore
Pour le Sānāba Bounda d’Arbolé (KPG), l’initiateur de cet événement, l’enjeu est de taille. Il ne s’agit pas simplement de « repartir dans le passé » ou de s’enfermer dans le folklore, mais bien de réhabiliter une mémoire scientifique.
« Nos ancêtres étaient des alchimistes et des métallurgistes capables de science », martèle-t-il, soulignant que cette maîtrise technique préexistait bien avant l’époque moderne.
Cette démonstration répond également à un appel au sommet de l’État. Le Sānāba explique avoir été exhorté par le camarade Ibrahim Traoré à transmettre ces connaissances pour éviter qu’elles ne s’éteignent.
Ce sont d’ailleurs ses propres élèves qui ont animé la « démonstration du feu », prouvant que la relève est prête à entretenir la flamme de l’atelier ancestral.
Un levier pour la cohésion sociale
Au bout de quelques heures de travail intense, l’ouverture du four sous les applaudissements a marqué le succès de l’opération, salué par les autorités coutumières présentes. Du plus âgé au plus jeune, l’assistance a pu constater la preuve tangible d’un savoir-faire remarquable.
Au-delà de l’aspect technique et historique, cet événement porte une ambition sociale profonde. À travers la valorisation de ce patrimoine vivant, c’est un message de paix, de tolérance et de cohésion sociale qui est véhiculé. Dans un contexte où le pays cherche à se stabiliser, la redécouverte de ces racines communes apparaît comme un rempart essentiel pour bâtir l’avenir.
Honorine OUEDRAOGO
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