Crucifier le médecin n’absoudra pas les péchés d’un système qui ne comprend pas la femme en travail

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La vidéo d’un médecin filmé en train de frapper une femme en plein accouchement en RDC a suscité une vive émotion et relancé le débat sur les violences obstétricales. Au-delà de l’indignation, cette affaire met en lumière les failles d’un système de santé souvent peu adapté aux réalités et à la vulnérabilité des femmes en travail. Elle pose surtout la question essentielle de l’humanisation des soins maternels et de la confiance entre patientes et soignants.

L’affaire récente survenue en République démocratique du Congo, où un médecin a été filmé en train de frapper une femme en salle d’accouchement, a provoqué une indignation légitime qui s’est étendue au-delà des frontières de ce pays grâce aux réseaux sociaux. Selon les faits rapportés publiquement, la scène s’est déroulée dans un contexte de tension clinique et de saignement, et les autorités ont rapidement annoncé des mesures disciplinaires. Mais au-delà du scandale, cette affaire nous oblige à poser une question plus grave : que dit-elle de notre manière de soigner les femmes, surtout au moment où elles sont le plus vulnérables ?

On aurait tort de réduire cette affaire à un simple dérapage individuel, tout comme on aurait tort de l’excuser au nom de l’urgence. Aucune urgence ne devrait autoriser la violence. Une femme en travail est une personne en situation d’extrême vulnérabilité physiologique, émotionnelle et parfois psychique, qui a besoin, plus que jamais, d’une médecine compétente, mais aussi contenante, intelligible et humaine. Si nous dépassionnons le débat et qu’on l’analyse avec lucidité nous ne pouvons pas rester sur le pourquoi le médecin a été violent.

La question est aussi : qu’est-ce qui s’était déjà détérioré dans la relation de soin pour qu’une femme, au moment d’accoucher ou d’être suturée, n’arrive plus à suivre les consignes, à faire confiance, à se laisser aider ? Car l’absence apparente de coopération en obstétrique ne se lit jamais correctement si on la réduit à la mauvaise volonté. Une femme peut ne plus répondre comme l’attend l’équipe parce qu’elle a mal, parce qu’elle a peur, parce qu’elle saigne, parce qu’elle est épuisée, parce qu’elle ne comprend pas ce qu’on lui dit, parce qu’elle se sent humiliée, parce qu’elle panique, ou parce que quelque chose, bien avant cet instant, a rompu le fil de la confiance.

L’Organisation mondiale de la Santé rappelle depuis longtemps que les mauvais traitements pendant l’accouchement en établissement constituent non seulement une atteinte aux droits fondamentaux, mais aussi une menace pour la santé, l’intégrité corporelle et la confiance entre les femmes et les soignants. En 2019, une étude dirigée par l’OMS dans plusieurs pays a montré que plus d’un tiers des femmes subissaient une forme de maltraitance pendant l’accouchement, avec un risque particulièrement élevé autour du moment de la naissance. L’OMS insiste aussi sur le fait qu’une expérience positive de l’accouchement suppose un environnement cliniquement et psychologiquement sûr, un personnel compétent et bienveillant, une communication claire, le respect de la dignité, et un soutien émotionnel continu.

Nous ne savons pas, à ce stade, ce qui s’est joué pour cette femme avant la séquence devenue virale. C’est précisément pour cela qu’il faut résister à la paresse des jugements expéditifs. Cette dame avait-elle bénéficié d’un suivi prénatal suffisant ? L’OMS recommande aujourd’hui un minimum de huit contacts prénatals afin d’améliorer non seulement les issues périnatales, mais aussi l’expérience vécue de la grossesse et de l’accouchement.

Dr Moumini NIAONE

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