Livreur à moto: un métier qui nourrit son homme
Ils sont partout, casque sur la tête et sac thermique sur le dos. À Ouagadougou, le métier de livreur à moto a explosé avec l’essor du commerce en ligne et de la restauration rapide. Un travail précaire, mais qui fait vivre des centaines de jeunes. Roland Darankoum a 29 ans, le regard vif et le visage marqué par la fine couche de poussière de Ouagadougou. Tous les jours, de 8 h à 21 h, il enchaîne les kilomètres pour une plateforme de livraison. Treize heures par jour à guetter les vibrations de son smartphone, les yeux rivés sur les applications de cartographie urbaine.
« On n’a pas de salaire fixe. On est payé à la course. On peut rentrer avoir 15 000 FCFA ou seulement 5000 FCFA si la journée est calme », explique-t-il en réajustant les sangles de son sac à dos. Lorsque nous le rencontrons, il s’apprête à se rendre à la gare de l’Est pour expédier un colis. Une énième course contre-la-montre face aux embouteillages de l’avenue Charles de Gaulle.
Ancien étudiant reconverti dans la logistique de rue faute d’opportunités d’embauche, Roland incarne cette jeunesse résiliente qui refuse de baisser les bras. Le principe de ses journées est d’une simplicité trompeuse : le client commande sur Facebook, WhatsApp ou via une application. Le livreur récupère le colis, le plat chaud ou l’article à livrer, puis se faufile à travers le trafic dense de la capitale. Pourtant le plus dur dans ce secteur d’activité, ce n’est pas la fatigue physique qui engourdit les membres en fin de soirée. C’est la route elle-même.
« Accident, crevaison, pluie… Et parfois le client qui ne décroche plus son téléphone quand tu arrives après avoir traversé toute la ville », confie Roland, qui écume la zone de Patte d’Oie depuis maintenant trois ans. Pour lui, chaque coup de fil sans réponse est une perte de carburant et de temps, deux ressources précieuses qu’il ne peut pas se permettre de gaspiller. Derrière la liberté apparente du guidon se cache une réalité financière étouffante. Pas de contrat écrit, pas d’assurance maladie, pas de congés payés.
La moto, l’outil de travail principal, appartient souvent au livreur ou est louée à des tiers au tarif fixe de 1 500 FCFA par jour. Son collègue, Issaka Nabaloum, rappelle l’extrême vulnérabilité de leur quotidien : le moindre pépin mécanique, une chaîne qui lâche ou un pneu crevé par un clou perdu — équivaut instantanément à une journée de travail perdue et à des économies qui s’envolent. Pourtant, Nabaloum tient le coup, soutenu par la fierté de subvenir aux besoins de sa famille. Parce que ce métier, dit-il, c’est la meilleure école de la débrouillardise.
Pour survivre, il faut connaître Ouaga par cœur, anticiper les barrages de police, et garder le sourire malgré la pression des chronomètres. Issaka Nabaloum rappelle avec force que les livreurs sont le pont indispensable entre vendeurs et acheteurs. Selon lui, de nombreux commerces en ligne feraient faillite sans leur contribution, une réalité qui impose, selon ses mots, « plus de respect » pour leur profession, avant de redémarrer en trombe. Une nouvelle commande vient de tomber sur son écran. Pas le temps de souffler. Direction Zone 1.
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Honorine OUEDRAOGO
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