Jacques Boureima GUEGANE : Le Tambour de Guerre, entre Poésie et Pouvoir Culturel

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Il est des figures dont le destin se confond avec l’émergence culturelle d’une nation. Jacques Boureima Guégané, né en 1941 à Gaglan, Garango, est l’une d’elles. Poète précurseur et haut fonctionnaire, sa vie est une ligne d’horizon où l’encre des vers se mêle à l’austérité de l’administration.

L’itinéraire de GUEGANE n’a rien de linéaire. Après l’école coranique et un début de scolarité entre Garango et Ouagadougou, il obtient son BEPC au Petit Noviciat de Toussiana en 1957. C’est le début d’un voyage intellectuel qui le mène en France puis en Italie pour une formation religieuse, un passage qui forge sans doute sa profondeur spirituelle et sa vision du monde.

Loin du séminaire, il se tourne vers l’université, obtenant une licence puis une maîtrise en anglais entre Abidjan (1969-1970) et Dakar (1970-1971). Ces années d’études africaines et européennes lui confèrent la polyvalence qui définira sa carrière.

Jacque Boureima Guégan, l’un des premiers poètes du Burkina Faso

Pendant près de dix ans, Guégané exerce la profession d’enseignant d’anglais, notamment au prestigieux lycée Philippe Zinda Kaboré. Mais c’est dans l’administration qu’il laissera sa marque la plus durable, se consacrant à la gestion culturelle de 1977 jusqu’à sa retraite en 1995.

Ses fonctions sont éloquentes :

  • Directeur des Arts et Lettres (1977-1981), il est au cœur de la structuration culturelle du Burkina Faso.
  • Directeur du Centre régional d’action culturelle (CRAC) à Lomé (1981-1986), il étend son influence à la sous-région ouest-africaine.

Il termine sa carrière comme Conseiller technique puis Attaché de mission auprès du Premier ministre, une reconnaissance de son expertise dans les affaires culturelles, sociales et d’éducation.

L’homme de l’ombre de l’administration est aussi un homme de lumière : le poète. En 1971, avec la publication de « Le pays disparu » dans la revue Présence africaine, Jacques Boureima GUEGANE entre dans l’histoire en devenant le premier Burkinabè à publier un texte poétique.

Son œuvre est une chronique du Sahel, une méditation sur les mutations de l’Afrique. Ses recueils suivants, de « Nativité » (1977) à « Terres promises » (2016-2017), en passant par « L’an des criquets » (2001), confirment une voix unique, souvent grave, imprégnée de l’histoire et des mythes.

Engagé pour la cause des créateurs, il est non seulement responsable des Éditions Découvertes du Burkina mais également membre fondateur de la MUSE (Mutuelle pour l’Unité et la Solidarité des Écrivains) avec des figures comme Norbert Zongo.

À 84 ans, GUEGANE ne cesse de recevoir des hommages mérités. Officier dans l’Ordre des palmes académiques français et Commandeur de l’Ordre du Mérite des Arts, des Lettres et de la communication (2019), il incarne la reconnaissance de l’État pour son œuvre. Le Prix fédéral des lettres qu’il a reçu en 2023 n’est que la dernière attestation de l’impact de cet homme discret.

Jacques Boureima GUEGANE est bien plus qu’un poète. C’est une mémoire vivante de la culture burkinabè, un homme qui a su, par la force de ses mots et la rigueur de son action, construire les fondations de l’expression artistique de son pays. Son portrait se dessine entre deux mondes : celui, intérieur et lyrique, de ses vers, et celui, structurant et visible, de l’édifice culturel qu’il a contribué à bâtir.

📜 Bibliographie sélective (Œuvres Publiées)

« Le pays disparu », Présence africaine, 1971, Premier poème publié par un Burkinabè.

« Nativité », Nouvelles éditions africaines, 1977, Réédité en 2002.

« La guerre des sables », Presses africaines, 1979

« L’an des criquets », L’Harmattan, 2001

« En mémoire d’un tambour de guerre », Découvertes du Burkina, 2003

« Chanson du mal inconnu », Découvertes du Burkina, 2004

« Du yin et du yang », Découvertes du Burkina, 2009

« Terres promises 1 », Découvertes du Burkina, 2016

« Terres promises 2 », Découvertes du Burkina, 2017

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