Ouagadougou : la vente de carburant en bouteilles, un commerce aux multiples dangers
Exposées au soleil sur les trottoirs de Ouagadougou, les bouteilles et bidons d’essence frelatée continuent d’alimenter un marché informel florissant. Malgré les interdictions officielles et les risques d’explosion, ce commerce de proximité s’est imposé comme un dépannage quotidien pour de nombreux usagers.
D’où vient ce carburant ? Les vendeurs ne s’en cachent pas. « On s’approvisionne tôt le matin directement à la station. On vient avec nos bidons de 20 litres, on en achète deux ou trois à 18 500 FCFA l’unité. Après, on revend au détail dans le quartier. On gagne 125 FCFA par litre », explique Albert Belem, un vendeur rencontré à Bonheur-ville, qui se plaint par ailleurs de la morosité actuelle du marché.
D’autres évoquent des complicités internes, indispensables pour contourner les contrôles. « Il y a des pompistes qui nous servent la nuit, quand il y a moins de monde. Certains chauffeurs de camions-citernes nous revendent aussi une partie de leur chargement à bas prix », confie sous anonymat un autre revendeur installé à Cissin.
Cette pratique, bien que généralisée, s’expose à la rigueur de la loi. En avril 2025, la Direction régionale de l’industrie, du commerce et de l’artisanat des Hauts-Bassins avait ainsi démantelé une mini-station clandestine et saisi 3 000 litres de carburant à Péni.
Un service de secours ancré dans le quotidien
Malgré les risques juridiques, ce commerce est désormais profondément ancré dans les habitudes des usagers de la route, notamment les conducteurs de tricycles et de motocycles. Fati Ouédraogo, une motocycliste de la capitale, témoigne de cette dépendance : « Hier soir, je suis tombée en panne sèche à 22 heures. Toutes les stations-services étaient fermées. Heureusement, j’ai trouvé un vendeur à Pissy qui m’a sauvée ».
Pourtant, cette commodité de proximité cache une réalité bien plus sombre, faite de lourds risques techniques et sécuritaires. La qualité du produit, souvent altérée par des mélanges douteux, s’avère destructrice pour les moteurs. « J’ai acheté ce carburant à deux reprises et ma moto a commencé à fumer. Mon mécanicien m’a confirmé que l’essence était frelatée. Depuis ce jour, je préfère pousser mon engin jusqu’à une vraie station », raconte Issouf Kienou.
Des bombes à retardement au coin de la rue
Au-delà des pannes mécaniques, c’est la sécurité publique qui se trouve directement menacée. Les riverains de ces étals de fortune vivent dans la hantise permanente d’un drame. « On a peur. Ils vendent ces produits hautement inflammables juste à côté de nos concessions, là où les enfants jouent. Si un incendie se déclare, c’est tout le quartier qui risque de brûler. La mairie doit impérativement réagir », s’alarme Mariam, une habitante exaspérée.
Face à l’ampleur du phénomène, la riposte des pouvoirs publics semble pourtant dérisoire. Les contrôles sporadiques et les saisies occasionnelles ne parviennent pas à décourager des acteurs poussés par la précarité. Tant que la demande restera forte et que la répression ne sera pas systématique, les trottoirs de la capitale continueront d’aligner, au vu et au su de tous, de véritables bombes à retardement en plastique.
Aïssata Sidibé
Honorine OUEDRAOGO
Derniers articles par: Honorine OUEDRAOGO (voir tous)
- Gaoua : 12 présumés escrocs béninois interpellés pour des pratiques spirituelles frauduleuses - mardi le 27 octobre 2026
- Ouagadougou : la vente de carburant en bouteilles, un commerce aux multiples dangers - mardi le 27 octobre 2026
- Tension diplomatique : Le Niger dénonce une frappe de drone venue du Tchad et accuse la France - mardi le 27 octobre 2026

