Litterature : La plume de Hamidou Zonga brise le silence des femmes marginalisées

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À 28 ans, Hamidou Zonga fait partie de ces jeunes auteurs burkinabè qui portent leur engagement comme une seconde peau. Journaliste à la base, il expose aujourd’hui ses œuvres à la FILO 2025, avec une conviction forte : utiliser la littérature comme espace de sensibilisation et de lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Pour lui, écrire n’est pas un simple acte artistique, mais un devoir social. « C’est un appel auquel j’ai répondu », confie-t-il. « Depuis longtemps, il y avait ce besoin de s’exprimer, de matérialiser ce que nous avons en nous. »

Très tôt, Zonga observe les réalités du Burkina à travers le prisme du terrain journalistique : femmes déplacées internes, jeunes désœuvrés, familles brisées par la crise sécuritaire. De ces rencontres naît la certitude que la parole des femmes est trop souvent étouffée et leurs souffrances banalisées. C’est ce silence qu’il veut briser. Son premier roman « Foubé ou la croisade des femmes » dédicacé en 2021, largement apprécié du public, met en lumière le courage des femmes déplacées internes, victimes directes du terrorisme. « Dans mes livres, ce sont elles qui jouent le rôle principal », rappelle-t-il.

Son œuvre « Le Miroir » poursuit cette démarche, en explorant la condition sociale et politique des femmes, ainsi que leur quête d’émancipation. Pour Zonga, mettre les femmes au cœur de ses récits n’est pas une stratégie littéraire, mais une nécessité. « Les gens aiment se sentir dans une production. Ils ont l’impression de vivre leur réalité », explique-t-il. Et cette réalité, au Burkina Faso, ne peut être racontée sans évoquer les violences qui frappent les femmes dans les foyers, sur les sites miniers, ou en période de crise.

À la FILO, Zonga ne se contente pas d’exposer ses ouvrages : il discute, conseille, interpelle. La littérature devient un prétexte pour aborder les sujets sensibles, ceux dont on parle trop peu en public. Il en profite pour encourager les jeunes, surtout les garçons, à revoir leurs rapports aux femmes. Pour lui, la lutte contre les VBG passe par l’éducation personnelle et collective. « Si on s’entoure de gens qui ne valorisent pas la femme, on finit par leur ressembler », affirme-t-il.

Grand défenseur de la lecture, il insiste aussi sur le rôle formateur des livres pour changer les mentalités. « Pour réussir dans la vie, tu dois lire. Ce n’est pas possible autrement. Tout est dans les livres », dit-il avec passion. Zonga lui-même lit notamment en développement personnel, un domaine vers lequel il souhaite orienter ses prochains ouvrages.

Dans un pays où les violences basées sur le genre demeurent un fléau silencieux, Hamidou Zonga s’impose comme une voix jeune, consciente, et déterminée. Sa plume, à la fois douce et combative, témoigne de son engagement à faire évoluer les mentalités. « Il ne faut pas précipiter les choses, mais construire une base solide », dit-il. Une conviction qui guide non seulement sa carrière d’écrivain, mais aussi son combat pour une société plus juste envers les femmes.

Mireille BAILLY

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