Ouagadougou : Le gilet orange, la nouvelle tenue des indisciplinés de la route

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‎Depuis la fête de Ramadan 2025, une nouvelle tendance enflamme les rues de Ouagadougou : le gilet orange fluo. Mais attention, pas celui qu’on porte pour aller au chantier volontaire. Celui-ci est imposé, et surtout réservé à une catégorie de personnes: les champions de l’indiscipline routière.

‪Tout a commencé pendant l’Aïd el fitr. Pendant que des milliers de familles burkinabè célébraient la fin du mois de Ramadan, 75 jeunes, dont neuf filles, ont été cueillis pour non-respect des règles de circulation. Le combo classique : feux grillés, excès de vitesse, acrobaties sur la voie publique… Bref, du Drift au Burkina. La sentence a été sans appel : Travaux d’Intérêt Général avec port obligatoire du gilet orange, la nouvelle tenue de ceux qui disent « non » au Code de la route.

Des gilets oranges en plein Travail d’Interêt Général/DR

‎Ils sont conduits sur un chantier de nivellement de 500 mètres avec pour mission d’aplatir le sol à la force des bras pour que des pavés y soient posés. Le soleil tape, la pioche cogne, la leçon est assimilée. À la sueur du front. Et pour faire bonne mesure , une deuxième « promotion » a suivi dans la même semaine. Puis une troisième cette semaine. Trois sessions, la même punition dans le même style. De quoi alimenter les réseaux sociaux : « Un gisement de main-d’œuvre découvert dans l’incivisme ! », « Celui qui a eu cette idée est un génie ! », « Vive le nouveau Burkina Faso ! » pouvait-on lire! 

‎Mais voilà, malgré le coup de maître de la police municipale, certains irréductibles refusent de rentrer dans le rang. Au feu tricolore, ils jouent au petit jeu du « cache-cache avec l’agent de police » : un regard furtif à gauche, un clin d’œil à droite… et si la voie est libre de tout uniforme : « fuck le feu! », comme le disent les jeunes. En revanche, dès qu’un policier pointe le bout de sa casquette, les mêmes deviennent de parfaits citoyens : clignotants, casque bien attaché et sourire en bonus.

DR

‎Faut-il y voir un attrait secret pour cette nouvelle forme de service civique ? En tout cas, à force de se faire cueillir, certains semblent se poser la question : et si l’indiscipline était devenue la solution à la salubrité publique ?

‎Pourtant, derrière cette punition créative se cache une réponse à un véritable problème de la société burkinabè. En 2024, les sapeurs-pompiers ont recensé 13 369 interventions liées aux accidents de la circulation, dont 222 morts. De quoi faire réfléchir sur la nécessité d’un bon vieux râteau pédagogique… et de quelques pelles bien placées.

‎Si la tendance continue, Ouagadougou pourrait bien décrocher le titre de ville la plus propre d’Afrique de l’Ouest, voire de tout le continent. Grâce à qui ? Aux gilets orange, bien sûr. Ces soldats involontaires de l’hygiène publique. 

‎Désormais au Burkina Faso, l’indiscipline routière ne mène pas en prison, mais à la pelle. Et comme on dit désormais dans les rues de Ouaga : « Mieux vaut clignoter que paver ! »

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